Retour sur l’Assemblée Générale de l’ACSRV du 02.06.2026

  • Auteur/autrice de la publication :
  • Post category:ACSRV
  • Commentaires de la publication :0 commentaire

RAPPORT MORAL DE JEAN CLAVERY, PRÉSIDENT DE L'ACSRV

Bonjour,

 

Bienvenue à tous, et merci à la ville d’Escautpont d’accueillir aujourd’hui notre assemblée générale 2026.

 

C’est toujours un immense plaisir que de nous retrouver ainsi pour ce rendez-vous annuel qui nous permet de faire le point sur nos réalisations, nos finances et nos projets, mais aussi de continuer à donner de l’élan aux idéaux et aux valeurs qui nous rassemblent.

 

Alors, cette année, après avoir choisi le thème de l’Amour en 2024 et celui de l’Engagement en 2025, nous vous emmenons en voyage. Nous vous donnons rendez-vous… en terre d’Utopie !

 

Drôle de destination, me direz-vous, parce que, du coup… c’est quoi, l’Utopie ? Le royaume des chimères et des fantasmes, le continent perdu des rêves impossibles, le jardin des illusions, l’impasse des objectifs irréalistes, le ciel des « planeurs à 15.000 » ? Est-ce le terrain de jeu des fantaisistes et des naïfs, le refuge des effrayés, le pays enchanté des licornes roses et des doudous bleus ? Et, pour nous qui aimons tant nous investir dans des projets, l’utopie est-elle cette fabrique à échec qui, lorsque vous pensez avoir inventé quelque chose d’intéressant, vous vaut une réplique cinglante du genre : « c’est utopique, ton truc, ça ne marchera jamais ! ». Et là, plouf ! dans le marécage de la résignation et du pessimisme…

 

Heureusement, le terme utopie n’est pas toujours péjoratif. À sa création, au 16ème siècle, il ne l’était d’ailleurs pas du tout, bien au contraire ! Côté pile, il évoque effectivement un mirage. Mais, côté face, il désigne à l’inverse un puissant levier de transformation. Et c’est bien-sûr ce sens positif qui nous a donné envie de le choisir comme thème de notre assemblée générale 2026. Dans cette perspective « optimiste-réaliste », l’utopie est l’expression d’un désir de renouveau, d’amélioration, de changement. Cour de récréation pour nos rêves, côté pile ; elle se veut plutôt espace de recréation d’un futur désirable, côté face. En réponse à l’insatisfaction dans laquelle elle prend racine, l’utopie nous encourage à imaginer un avenir davantage conforme à nos aspirations. Elle nous rend utoptimistes !

 

Cela dit, « l’envie d’autre chose » qui nous intéresse aujourd’hui n’est pas l’utopie individuelle – dont chacun a le droit de rêver pour soi-même -, mais plutôt l’utopie sociale, par laquelle nous essayons de vivre le plus agréablement et le plus intelligemment possible les uns avec les autres, en développant notre pouvoir d’agir sur l’amélioration de nos conditions de vie et sur la construction d’un vivre ensemble harmonieux.

 

De ce point de vue, le mot utopie est formidable parce qu’il a deux sens : étymologiquement, il signifie en effet aussi bien « le pays qui n’existe pas » que « le pays où tout est bien ». Alors, l’Utopie serait-elle un pays où tout va bien, mais qui n’existe pas ? Et bien, pour nous – et plus raisonnablement -, ce serait plutôt un pays qui va mieux et qui existe, dès lors que l’on y prend soin du vivre ensemble. Autrement dit, un monde à construire. Pas un monde parfait (ceux-là sont trop dangereux !), mais un monde dans lequel il fasse bon vivre. Pas un monde sans conflits (celui-là n’existe pas), mais un monde dans lequel on s’attache à les gérer intelligemment.

 

Pour autant, rassurez-vous, notre ambition n’est pas de sauver le monde ! Juste de faire en sorte que, dans ce qui dépend de nous – nos familles, nos voisins, nos quartiers -, les choses aillent le mieux possible. Et ça, depuis plus d’un siècle, c’est l’idéal que les centres sociaux s’efforcent de mettre en pratique chaque jour, dans toute la diversité de leurs actions et de ceux et celles qui les font vivre.

 

Vue comme ça, l’utopie sociale est à la fois une expérience, une espérance et une résistance.

 

Elle est une expérience parce que, pour se développer, beaucoup d’utopies sociales ont besoin de lieux dédiés à l’expérimentation de leurs intuitions. Par exemple, à seulement une heure d’ici en voiture, je vous recommande la visite passionnante du Familistère de Guise – et de son fameux Palais Social -, parfois qualifié « d’utopie réalisée ». Le fonctionnement passé de cette cité ouvrière innovante, bâtie au 19e siècle par le créateur des poêles Godin, est aujourd’hui étudié dans les universités du monde entier. Pour nous, c’est dans les centres sociaux et les maisons de quartier, véritables ateliers et laboratoires de cohésion et d’innovation sociales, que s’expérimentent, en s’y confrontant quotidiennement à la réalité, les valeurs de solidarité, dignité et liberté qui nous guident.

 

L’utopie sociale est aussi une espérance parce que, lorsque la tentation du désespoir et de l’immobilisme nous guette – face aux insatisfactions, à notre isolement ou à notre impuissance devant des injustices choquantes -, elle nous invite à l’engagement de notre imagination et de nos talents dans une action collective constructive. Agir plutôt que subir, c’est en vecteur d’émancipation et de mobilisation des énergies que se présente l’utopie en faveur d’une société plus juste.

 

C’est pourquoi l’utopie sociale est également une résistance. Née de la critique d’un ordre ou d’un désordre existant, elle se transforme en une façon positive et pacifique d’affirmer nos choix, en proposant une alternative à tout ce que nous refusons : l’individualisme, la loi du plus fort, l’exclusion et la précarité, la démagogie, la manipulation, l’indifférence, l’instrumentalisation des peurs, les replis identitaires, les totalitarismes, le saccage de la biodiversité, le pillage des ressources… Cette « utopie en lutte », en préparant notre rencontre d’aujourd’hui, nous lui avons trouvé un nom : la luttopie, dont la belle définition se trouve sur votre carton d’invitation à cette assemblée générale.

 

Tout ce qu’il y a de plus politique – au sens noble de ce terme, bien-sûr -, l’utopie que nous revendiquons serait donc ce moteur d’espérance qui, de rupture en aventure, prend pour point de départ la résistance à un environnement insatisfaisant, pour idéal la construction d’une société fraternelle, et pour méthodes l’imagination réaliste, la mobilisation collective et l’expérimentation de modes solidaires de vivre ensemble.

 

L’utopie humaniste des centres sociaux compose finalement un beau patchwork de principes d’action, que nous mettons en œuvre à partir de notre projet associatif, et que vous connaissez bien : lien social, accueil inconditionnel, aller vers, vivre ensemble, convivialité, entraide, solidarité intergénérationnelle, diversité, inclusion, éducation par les pairs, co-éducation, dialogue, esprit critique, accès à la culture, initiative, égalité des chances, émancipation, pouvoir d’agir, coopération, gouvernance partagée, citoyenneté, laïcité, développement durable, économie circulaire, économie sociale et solidaire… bref, des principes « à haute valeur éthique ajoutée », alignés sur les choix de société de l’Éducation populaire.

 

Concrètement, en 2025, nous avons continué – avec conviction et enthousiasme – à donner chair et vie à la diversité de ces engagements : de jardin partagé en village des économies d’énergie, d’épicerie solidaire en repair’ café, de terrain d’aventure en auto réhabilitation accompagnée, d’éducation aux médias en promotion de la citoyenneté partagée, de l’apprentissage du français à l’entreprenariat des quartiers, de la co-animation parentale au dialogue citoyen entre jeunes et élus… et mille autres encore, dont vous trouverez quelques jolis exemples dans le rapport d’activité qui est entre vos mains.

 

Cela dit, sur l’Océan de La Société, la vie associative n’est pas une longue navigation tranquille. Elle l’est même de moins en moins, à vrai dire… Le climat mondial est orageux. En France et ailleurs, les vagues électorales menacent de virer au tsunami. Les tempêtes budgétaires font de plus en plus de victimes. Et, sur la Mer des Financements, la route vers l’Île au Trésor semble sans cesse s’allonger, tant les capitaines de nos vaisseaux associatifs ont fort à faire pour éviter les récifs qui en ont conduit d’autres au naufrage. En 2025, dans ce contexte de plus en plus difficile et contraignant, où beaucoup ont réduit la voilure, subi des avaries – ou pire, se sont échoués -, la flottille ACSRV a maintenu avec détermination son cap et son allure, grâce à la résilience de ses équipages et la confiance de ses armateurs. Autrement dit, grâce à l’engagement résolu de chacun d’entre vous : salariés, direction, bénévoles, partenaires.

 

Mais la résilience a des limites qui ne peuvent être indéfiniment repoussées. C’est le sens du message d’alerte – résumé par le slogan « ça ne tient plus ! » – qu’avec d’autres acteurs du monde associatif, nous avons voulu porter lors des mobilisations collectives auxquelles nous avons participé en janvier et octobre 2025, à Lille.

 

De fait, chers représentants de nos partenaires institutionnels, si les moyens dont vous disposez vous-mêmes continuent à diminuer, alors, comme vous, nous ne pourrons pas faire plus avec moins. Mais soyez assurés que, pour optimiser ceux dont nous disposons, nous continuerons quand même à déployer toute l’énergie et l’inventivité dont nous sommes capables, que ce soit en mutualisant des ressources, en inventant de nouvelles méthodes ou en rationalisant toujours plus nos dépenses.

 

Chers amis, nous avons choisi cette année de ne pas seulement vous présenter nos dernières réalisations. Comme vous le verrez dans quelques instants en visitant notre Village des Utopies, nous avons également envie de connaître vos propres représentations d’un futur désirable ; et aussi de vous faire participer à la construction des nôtres. C’est pourquoi, tout à l’heure, nous vous demanderons de nous dire à quoi pourrait ressembler, selon vous, une société meilleure ; meilleure que celle que l’on nous dit polarisée, radicalisée, conflictualisée, fragmentée, voire fracturée…

 

Parce que, pour nous, le voyage en terre d’Utopie est une destination réellement rassurante. Infiniment plus rassurante que tous ces discours qui, en cherchant à instrumentaliser les peurs, voudraient nous pousser vers le refuge faussement protecteur du repli sur soi. Dans la vie publique actuelle, le manque de proximité, d’attention et de reconnaissance mutuelle fait perdre à trop de nos concitoyens le goût de la démocratie. C’est pourquoi, avec les centres sociaux, l’utopie très réaliste de faire vivre des « maisons du faire ensemble », ouvertes sans restrictions à la rencontre et au dialogue, revendique plus que jamais sa pertinence. Notre Utopie est une terre d’accueil ; notre voyage, un espace de respiration.

 

Pour autant – tous les grands voyageurs vous le diront -, la destination n’est que le prétexte au voyage…

 

Alors, merci à chacun de vous pour l’engagement inventif, audacieux et souvent passionné avec lequel vous transformez ce voyage en aventure. Et merci encore à Benjamin et Ursula de sécuriser cette aventure avec autant d’efficacité talentueuse et de disponibilité au service de l’intérêt commun.

 

Je souhaite de nouveau la bienvenue aux valeureux équipiers et équipières qui ont rejoint nos luttopies en 2025 ; et notamment à François et Yassin, nos animateurs du jour, mais qui sont surtout les directeurs des centres sociaux du fbg Duchâteau et de Saint-Saulve. Bienvenue aussi à Martin, venu plus récemment prendre la direction de la maison de quartier Solange Tonini, et à qui reviendra donc l’honneur d’animer notre AG l’année prochaine.

 

Et l’année prochaine, nous fêterons… les 60 ans de l’ACSRV !

 

Pour l’heure, si vous rêvez d’un autre monde,

 

« Où la Terre serait ronde,

Où la lune serait blonde

Et la vie serait féconde »,

 

et si vous pensez que l’utopie n’est pas « juste une illusion…», alors continuons ensemble à rêver et agir comme nous y encourage encore ce fameux slogan du siècle dernier :

 

Soyez réalistes. Demandez l’impossible !

Jean CLAVERY,

Président de l’ACSRV

Laisser un commentaire